Le coach
mercredi 29 novembre 2006
Jean-Mi, quelles sont tes principales références footballistiques ?
Il y en a beaucoup… pour le plaisir, les souvenirs, les grands-pères et l’enfance je dirais les maillots blancs du Real Madrid, les « maillots » que me « cousait » ma grand-mère avec un chevron pour ressembler aux Girondins de Couecou et Robuschi, la recherche du « deuxième souffle », tous les jours le jeu sans fin avec les copains dans la rue, la télévision noir et blanc avec les larges flottants des rémois de Kopa aperçu 3’ avant que mon père ne me donne la direction du lit…, la revue Miroir du Football et son « débordement » politique, France Football dévoré alors qu’il avait un format « journal », la « migre » de l’Eurovision, mon premier match pro Red Star/Valenciennes 0-1 en compagnie de mon oncle, le beau maillot du Lyon des années soixante avec ses deux bandes horizontales, l’émission du dimanche soir (3’) Sport Dimanche, le Nîmes Olympique de Kader Firoud, la World Cup 66 avec sa finale, le Portugal et la Corée du Nord, la sélection cadet de l’Aveyron, Santos et Pelé, la Coupe d’Europe mais aussi la Coupe Intercontinentale, les terrains ( !) non pas gras mais boueux, le portail d’un garage d’une rue de mon village où comme Pelé j’ai dû marquer plus de 1000 buts, le tournoi international juniors de l’US Albi avec le Servette de Genève, Di Nallo, le ballon renvoyé des tribunes par le Général De Gaulle lors de la finale de Coupe de France 67 Lyon/Sochaux, Gondet, Keita, Bernard, Carnus, Bosquier, Chorda, les penalties tirés par l’anglais Hurst ou par les attaquants du Celtic Glasgow, l’Inter d’Hélénio Herrera, Gerd Muller, Eusebio, Gordon Banks, Lev Yachine, Brigitte Bardot donnant le coup d’envoi d’un match de bienfaisance OM/PSG, Angleterre/Reste du Monde plus tard le Brésil de 70 avec Pelé, l’Allemagne de Beckenbauer, l’Italie de Mazzola et de Rivera, Georges Best et Liverpool, l’Angleterre avec les frères Charlton, l’Ajax Amsterdam de Michels puis de Kovacs avec évidemment Johan Cruyff et tous les hollandais aux cheveux longs et portant de mini shorts, le maillot de l’Ajax et surtout le n°14, Ajax/Benfica en match d’appui à Colombes 3-0…j’avais séché un cours (il fallait le faire à cette époque ! Mon père ma puni de 3 semaines sans sortie pour ça), le Nou Camp ou le Vélodrome, le « nouveau Parc », mais aussi l’OM de Skoblar et Magnusson, le FC Nantes ou l’AS Saint-Etienne dont l’on espérait qu’ils passent un tour en Coupe d’Europe etc…
Pour répondre plus précisément à la question, mes sources d’inspirations sont variées : les séquences de jeu du Milan AC de Saachi, les équipes russes de Lobanovski, le 4-3-3 brésilien, le catenacio de l’Inter, le pressing marseillais sous Goethals, l’AJ Auxerre de Guy Roux et son marquage individuel, les principes de bon sens de Guy Roux pour bâtir une équipe, les recommandations de la DTN de faire simple, Didier Deschamps, l’équipe de France de l’Euro 2000, le football total de l’Ajax, le 3-4-3 de l’Ajax, le football anglais et son « anchor men », souvent l’équipe nationale du Danemark lors de son premier match dans une grande compétition, l’Irlande aussi, pas mal de matchs de l’Allemagne, le ¼ de finale du Mondial Mexicain 86 France/Brésil à Guadalaraja, des Angleterre/Allemagne, la création et beau jeu de l’EFC, le réalisme d’HEC, l’audace de Michel Hidalgo lorsqu’il fait jouer trois n°10 (Platini, Giresse, Genghini) au milieu du terrain, également un match de National ou CFA de POITIERS au début des années 90, le pragmatisme du 4-4-2, en fait à énumérer ce serait un panaché de beaucoup d’équipes et de toutes les époques, la liste serait très longue….
Quel est ton idéal de football ?
Un idéal de football ? Entraîner. Tout d’abord un cadre avec deux piliers : l’honnêteté et le respect. Ensuite c’est « être ensemble » puis un message de vérité : pas que du bonheur, il faut de l’exigence et s’imposer de la rigueur. Question jeu ne pas s’occuper de l’adversaire, regarder comment « nous » on va évoluer. Enfin se remettre en question. Le but, c’est l’aboutissement des efforts de toute l’équipe, c’est l’émotion suprême. Le football c’est fabuleux, c’est la réalité de la vie et c’est s’enrichir dans tous les domaines. L’idéal ce fut parfois l’EFC, en fait à chaque fois que le « poly » fait part de « vagues blanches », je peux te dire que c’est une grande satisfaction, ce que j’appelle les vagues, la fluidité de l’EFC c’est toujours le but à atteindre.
D'où t'es venue l'envie d'entraîner une équipe ?
Parler d’envie ? Oui et non. C’est plutôt un besoin ressenti surgit de je ne sais où. « Modeler » un groupe peut-être « à son image ». Le besoin « d’avoir une équipe » c’est comme un manque. Professionnellement je suis « prof de gym », une équipe pour disputer des compétitions c’est peut-être un « prolongement ». Cela peut-être « une sorte de sens à sa vie aussi » et il ne faut pas voir du ridicule là-dedans. Lorsque l’on découvre ces types, ces ESSEC, avec un peu de « jugeotte » non seulement l’on sait qu’il n’y a pas « de limites » …faut voir ce mental !!! Mais il y a des liens si forts qui se tissent, il y a de l’amour là-dedans.
Y songeais-tu depuis longtemps ? Pourquoi une équipe d'école? Pourquoi l'ESSEC ?
J’ai toujours été fasciné par le sport universitaire américain ainsi que le sport universitaire anglais (bien qu’ils soient différents). Oxbridge ! Des lectures, des films, des émissions télévisées et radiophoniques etc…
Arrivé à Paris, j’allais souvent au Campus HEC voir un couple d’amis et je « rêvais ». Je voyais deux profs de gym (décédés depuis et que je ne connaissais pas), je regardais, je voyais aussi ces installations sportives ! Je pensais qu’on pouvait faire quelque chose de tout cela (un nom fort, une identité etc…), il y avait de quoi se « projeter » avec envie…
L’ESSEC ? Habitant le Val d’Oise, je suivais le T5B de visu et dans …l’Equipe ! Je me suis dis pourquoi pas. Cela s’est fait tout naturellement. Inutile de dire que « je suis complètement ESSEC » maintenant. HEC c’est le grand rival « à abattre », le Varsity ce nom qui est désormais « connu » (référence à la traditionnelle course d’aviron Oxford/Cambridge, HEC… ce n’est pas contre eux mais cette rivalité a du bon, cela met du piment, c’est fantastique.
Je reviens sur l’EFC. A mon arrivée il ne faut pas le prendre pour de la prétention mais il y avait « tout » à mettre en place, réunir beaucoup de conditions et avant tout une équipe qui tienne la route. Il y a eu deux ans « d’apprentissage » mais j’espérais. Le véritable départ a eu lieu avec le groupe de 1993 (une belle saison et un premier titre : la Coupe de France en salle). L’accession (si compliquée du fait de l’organisation des études à l’ESSEC) est arrivée seulement en juin 1997 ! Le premier titre de D1 en 1998 …la saison d’après ! Ensuite le nivarna, « clouer » le bec à la FFSU, les titres, l’EFC premier club universitaire, les rapports entre générations, un « annuaire dans l’annuaire », la constitution de l’équipe des anciens, l’arrivée d’Alain CABANEL, les structures, les équipements, le nombre de ballons (oui le nombre de ballons), le logo 1907 avec les… sept étoiles plus la huitième de Champion de de de FRANCE etc… Il faut tout faire pour que cela continue !
Quelles sont pour toi les principales différences entre le football universitaire et le football de club ?
Le football des clubs en Région Parisienne est incontestablement d’un niveau élevé mais je ne dis pas que ce n’est pas convivial mais il y a souvent des ambiances sur et autour des stades qui laissent rêveur ! Le Football universitaire est encore préservé, il n’y a pas cette pollution mais il faut dire avec force qu’en France le sport universitaire n’a pas la place qu’il mérite.
De quel type d'entraîneur te rapproches tu? Quels entraîneurs admires-tu ?
Admirer est un grand mot mais disons que j’aime beaucoup Aimé Jacquet, le cheminement pensé et réalisé pour France 98 ; le discours de Gérard Houiller aussi. En réfléchissant, lorsque j’étais étudiant à Vichy, Pierre Pibarot (ancien entraîneur du grand Racing, premier directeur de l’INF) m’a beaucoup marqué lors de causeries qui pouvaient durer tout un après-midi ! Francisco Filhol qui était instructeur m’a aussi impressionné.
Egalement la fameuse identité des éducateurs à l’Ajax avec toutes les équipes qui jouent de la même façon (en principe on forme un système de jeu à partir des joueurs, à l’Ajax c’est l’inverse), son fameux T.I.P.S. également.
Sans oublier le discours de la DTN qui est souvent « d’une autre qualité que dans le milieu de l’Education Physique ». Je ne voudrais « dénigrer » personne mais à la DTN il y a un vécu, une réalité, un sens du réel.
Quels seront tes principaux objectifs pour cette saison ?
Incontestablement et avant tout comme à chaque saison : le maintien. Maintenant on est « à l’ESSEC » et l’EFC c’est aussi « tout esprit profond avance masqué » !
Ton meilleur souvenir avec l'EFC ? Ton pire souvenir avec l'EFC ?
Il y en a tellement et de plus avec chaque génération. J’ai coutume de dire dans le vestiaire que chaque génération a eu ses grands matchs. Ses matchs qui sont comme des « amitiés du front »… Lors d’un match tu sais tout de quelqu’un, les regards d’après match ne trompent pas, tu sais que ton copain peut voir dans tes yeux que tu as tout donné ! J’aimerais citer tel ou tel étudiant mais en fait il vaut mieux que je m’abstienne … ils sont si nombreux !
Bien sûr les titres (nombreux, quelle fierté) mais je pense plutôt à des moments de vie partagés ça et là sur chaque saison, des visages, des situations, des discussions avec les étudiants, étudiants qui sont plus que des « joueurs ». Au fait avoir joué en équipe ESSEC 1 « parle » immédiatement à n’importe quel ancien. C’est vrai que pour comprendre cela il faut l’avoir vécu de l’intérieur. Il y a des choses qui ne peuvent s’oublier. L’EFC dans une vie d’étudiant à l’ESSEC ou dans la vie « du coach » ce n’est pas le goût du bonheur c’est du bonheur.
Pour ce qui est des pires souvenirs… Citer un match? Peut-être le 4-0 infligé par l’ILEPS début janvier 96 (qui retarda l’accession en D1 d’une année) alors que l’équipe survolait la D2. Les vacances de Noël nous avaient été fatales et depuis je redoute chaque année la reprise de janvier qui en fait est un autre début de championnat. Les 8èmes de finales du championnat de France 2005 et 2006 où nous n’avons pas pu « défendre » nos chances s’apparentent plus à de la fatalité (manque de rythme de l’équipe qui n’avait pu jouer de deux mois à cause des conditions atmosphériques).


